Carburer au lait ? Pourquoi pas !

 

Hausse du prix du pétrole oblige durant l'été 2008, de l’Alsace à la Pennsylvanie, des gisements de pétrole jusque là jugés non rentables font l’objet de nouvelle exploitation. C’est une solution à la crise de l’énergie qui ressurgit de façon régulière. Une autre solution serait de confier aux vaches le soin d’alimenter nos automobiles. Des voitures carburant au petit lait ? Pourquoi pas. En mars 2007, le groupe laitier allemand Theo Muller a investi 20 millions d’euros afin de mettre au point un procédé permettant la production d’éthanol à partir du petit-lait issu de la fabrication du fromage, destiné à être la base d’une nouvelle forme de bio-carburant. Même annonce, à peu près au même moment de la part de l’entreprise californienne Earthanol, qui levait des fonds pour développer des projets de fabrication d’éthanol à base des rejets de l’industrie laitière et de matières ligno-cellulosiques (fibres). Une façon à  priori fort intelligente de valoriser ce « déchet » de l’industrie fromagère.

Dès juillet 2007, Müllermilch est passé à l’action, ouvrant une usine destinée à produire du bioéthanol à partir de résidus de lait.  Le biocarburant doit être fabriqué à partir de mélasse, un résidu sucré dérivé du petit-lait, qui sera transformé en alcool via l'ajout de levure puis distillé pour produire un bioéthanol pur à 99,8%. Et puis ? Depuis l’annonce en fanfare de l’ouverture de l’usine en mars 2007, et la promesse de la production de 10 millions de litres de carburant par an dès 2008, plus de nouvelles sur le web ou dans la presse…  

Quoiqu’il en soit, le projet déclenche des débats souvent vifs. Certains lèvent ainsi le classique drapeau rouge lié à la production de méthane par le bétail. On peut en discuter, ce que nous avons d’ailleurs fait dans ce blog dans un précédent billet.

Les défenseurs de ce nouveau biocarburant  mettent en avant le fait que  ce nouveau procédé a le mérite de ne pas nécessiter de grandes surfaces de culture, au contraire des biocarburants dérivés de plantes comme le colza ou le maïs, que l’on accuse  de préempter de vastes surfaces agricoles au détriment de cultures vivrières, ce qui pose problème dans des pays où la population n’a pas assez de terres arables pour se nourrir.  

Les détracteurs de ce processus rétorquent que, en général ces pays sont situés dans des zones non tempérées où les vaches ne prospèrent pas de toute façon et que brûler du lactosérum est une aberration.  

Au plan économique,  ils avancent le fait que  tout produit animal en bout de chaîne alimentaire coûte beaucoup plus cher à produire que des produits végétaux.  Produire du lait pour le brûler, revient ainsi selon eux à mettre au feu, en quelque sorte, une série de processus complexes et couteux, comme la sélection génétique de la vache laitière, la mise en place de bonnes pratiques d’élevage et de traite, la culture ou l’entretien de pâturages, etc.  alors qu’il serait plus simple de brûler directement la biomasse végétale. 

A l’argument du recyclage, il est aussi rétorqué que  le lactosérum ne peut être considéré comme un déchet, dès lors où il contient des protéines laitières de qualité et précieuses (leur coût de production est nettement plus élevé que celui de protéines de soja).  Sa valorisation optimale reste donc son utilisation pour ses bénéfices nutritionnels et de santé en alimentation humaine, comme les suppléments alimentaires pour sportifs ou les laits pour nourrissons. 

Encore un dossier qui prouve que la recherche de nouvelles ressources d’énergie plus respectueuses de l’homme et de l’environnement est pavée de grande créativité et de débats houleux.  Mais qui a dit que l’innovation était synonyme de consensus ?

 

 

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